vendredi 1 juillet 2011

Auguste Perret // la reconstruction



Redécouvert grâce à la patrimonialisation de son œuvre, souvent perçu comme un "constructeur"
et parfois même regardé comme un "simple technicien", on étudie trop peu le regard qu’Auguste Perret porte sur les usages et les intérieurs. Impossible de parler simplement de fonction car il n’est pas fonctionnaliste : un handicap - aujourd’hui encore - face au troupeau d'architectes et de designers ânonnant la-forme-suit-la-fonction ! Fouillons la question. Partons du premier numéro du Décor d'aujourd'hui publié après la guerre, au début de l'année 1946, relisons l'introduction puis l'article d'Auguste Perret. Regardons ensuite comment se construisent de tels propos à travers quatorze extraits - ni plus ni moins - tirés d'un ouvrage de référence : Auguste Perret, Anthologie des écrits, conférences et entretiens (Christophe Laurent et al., éditions du Moniteur, 2006). Un livre très complet où il ne manque que l'article du Décor d'aujourd'hui... On découvre ainsi la complexité du personnage qui n’est pas un inventeur mais un architecte, au sens noble du mot : celui qui organise en toute conscience, puise dans le passé et le présent, cherche les méthodes et les compétences permettant d’exprimer au mieux l’Art de bâtir. Sans doute l’une de ses principales "découvertes méthodologiques" consiste à articuler structure et remplissage, relier le domaine scientifique de la matière (donc d’une vérité tiré du matériau, de la gravitation, du climat, de la technique productive) avec le domaine subjectif des usages (disons le relativisme des sciences sociales, des normes), l'un proche de l'immuabilité et l'autre de la flexibilité. Dans cette oeuvre, forme et fonction ne jouent pas dans les mêmes temporalités, l'architecture apparait donc comme l'art de trouver les plus justes "points d'appui".