vendredi 30 novembre 2012

Personne ne bouge ! // sur Arte



Ce n'est pas tous les jours que l'on a l'occasion de rire. Alors, voilà, la chose peut se faire grâce à une jeune équipe d'Arte qui a mis en image l'Appartement témoin Perret avec une subtilité comique qui n'a d'égal que la pertinence des propos. Écoutons bien, regardons bien, c'est énorme et très fin. Trois personnages et non des moindres - Auguste Perret, René Gabriel et Marcel Gascoin - sont observés sous leur meilleur profil (d'obsessionnels)... Avant que ce ne soit la société tout entière qui ne devienne encore plus folle avec la gadgétisation affiliée à notre bien-aimée consommation de masse. Portrait style "pola" d'une ville moderne qui semble (dé)tournée dans la folie du rationalisme. Des moments cultes : le poteau,  la poële, la couverture chauffante, le bidet, les naturistes, Stalingrad-sur-Mer, les parisiens, la langue des anciens... Bravo à tous ! Un sujet d’Isabelle Foucrier, David Millier et Yohann Le Rallier avec le commentaire de Frédéric Bonnaud. Merci à tous... Le reportage passe dimanche à 17h50 : soutenons l'audience.

An opportunity to laugh, the thing can be done with a great team of the TV channel Arte has imaged the Apartment model Auguste Perret with subtle comic, has equal relevance of the subject. Listen well, look good, it's huge and very fine. Three characters and not least - Auguste Perret, René Gabriel, Marcel Gascoin - are seen at their best profile (obsessive) ... Before it is the society as a whole becomes even crazier with gadgetization affiliated with our beloved mass consumption. Portrait in the style of "Polaroid" in a modern city that seems to be turning into madness rationalism. Worship times: the pole, the stove, the electric blanket, bidet, naturists, Stalingrad-sur-Mer, Paris, the language of the ancient ... Congratulations to all! A subject of Isabelle Foucrier, David Millier and Yohann Le Rallier with the comment Frédéric Bonnaud. Thank you ...

jeudi 22 novembre 2012

Henry-Jacques Le Même // luxe rustique


chalet "Le Caribou", Maison Française , janvier 1950

Dans l'arrière boutique, évoquons Pierre Chapo et la gamme "week-end" de Gautier-Delaye, puis cherchons quelques ancêtres, Guillerme et Chambron, un mot sur l'inévitable Charlotte Perriand... Enfin, arrivons-en à l'initiateur du genre en France : l'architecte Henry-Jacques Le Même qui appartient pleinement à la génération des artistes-décorateurs et ressurgit après-guerre avant de disparaitre du paysage médiatique vers 1950. Formé par Jacques-Emile Rulhmann et proche de Pol Abraham, il débute en construisant un chalet pour la famille Rothschild à Megève, en 1925. C'est là qu'il traçe un triple lien entre "Art déco", "Mouvement moderne" et "traditions populaires", faisant naître une branche de la modernité qui échappe à la radicalité hygiéniste de l'usine-laboratoire pour se fondre dans la robustesse vernaculaire du gîte rural. Après la randonnée en montagne, nos explorateurs du "dehors" cherchent à fuir les intempéries, le froid et l'humidité, la tempête et l'orage, en rentrant dans un "dedans" raffiné et surprotégé. Une odeur de feu de bois se dégage dans un chez-soi protecteur où il est possible de se laisser aller en toute confiance, de s'abandonner. Des planchers lourds, des murs crépis ou lambrissés offrent un intérieur rustique, épais, indestructible. Le confort ne se limite pas à un "équipement", il devient une ambiance qui semble ressurgir de la nuit des temps, puisé dans l'abri primitif où l'homme préhistorique cherchait à se protéger des bêtes sauvages ! C'est dans cet imaginaire qu'il faut se plonger pour découvrir un fragment de la modernité du XXème siècle, quand se multiplient chalets, stations et sanatoriums.

In a back room of a famous antique shop, we discuss the range of Pierre Chapo and "weekend" furniture of Gautier-Delaye, followed with some ancestors as Guillerme Chambron and inevitable Charlotte Perriand ... Finally, we discuss identify an initiator in France: the architect Henry Jacques Le Même fully belongs to the generation of artists and designers resurfaced after the war before disappearing around 1950. Formed by Jacques-Emile Rulhmann and friend of Pol Abraham, he began building a chalet in Megève for the Rothschilds in 1925. He draws a link between "Art Deco", "Modern Movement" and "folk", giving rise a branch of modern radicalism that escapes hygienist factory-laboratory to blend in robustness vernacular cottage. After hiking alpine, our explorers "outside" looking to escape the weather, cold and humidity, storm and tempest, on entering an "inside" refined and overprotected. Smell of fire emerges in a protective home where it is possible to let go confidently to surrender. Heavy floors, paneled or plastered walls provide a rustic interior, thick, indestructible. The comfort is not limited to "equipment", it becomes an atmosphere that seems to resurface from immemorial times, drawn from the primitive shelter where prehistoric man was trying to protect wild animals! It is in this imaginary need to discover a fragment of the modernity in the twentieth century, when multiplied chalets, ski resorts and sanatoriums.

jeudi 15 novembre 2012

Henri Salesse // reportage photographique

via Didier Mouchel, Reportage : Henri Salesse, éd. Gwinzegal, 2008

Séverine Liatard et Séverine Cassar viennent de présenter les photographies d'Henri Salesse sur France Culture (Fabrique de l'histoire). Redécouvert par Didier Mouchel et le Pôle Image Haute-Normandie en 2008, Henri Salesse apparaît atypique parmi les employés du ministère - ce n'est pas faux mais n'oublions pas que le niveau de formation des "photographes industriels" est alors excellent, et c'est surtout le sujet-motif d'Henri Salesse qui est atypique : la misère des quartiers insalubres ! Les photographes français ne sont alors que des techniciens, suivant leur formation et leur statut, et ils s'identifient comme tels, sans jamais se revendiquer autrement... Au Havre, par exemple, l'Etat missionne de nombreux grands photographes entre le bilan des destructions (Adrien Paris) et la propagande touristique de la ville neuve (Lucien Hervé), sans compter le chantier de Reconstruction où se croisent l'Atelier Chevojon et quelques "locaux" remarquables comme Robert Lhommet (cf. isai-canalblog) ou Gilbert Fernez. Pour en revenir au statut du photographe : ce n'est donc pas un artiste-vedette plus ou moins imposé mais un technicien appelé par un autre... Dans bien des domaines, alors que règne la modestie et l'excellence, le génie artistique se cache sous la commande administrative - des choix sont bons et d'autres pas, des photographes excellents et d'autres moins. Pour s'en faire idée plus juste, on peut profiter du fonds récemment mis en ligne par le Ministère dépositaire des archives MRU, où l'on peut voir les reportages d'Henri Salesse et bien d'autres choses : https://mediatheque.developpement-durable.gouv.fr/

Severine Cassar and Severine Liatard presented photographs of Henri Salesse on Radio-France - rediscovered by Didier Mouchel in 2008. Henri Salesse appears unusual among departmental employees - good work, but do not forget that formation of "industrial photographers" is excellent that it is mostly the subject-pattern that is atypical of the great misery slums. French photographers are technicians while, depending on their training and their status, and they identify themselves as such, never claim otherwise ... Nothing at Havre, the state gave missions many great photographers balance between destruction (Adrien Paris) and the promotion of tourism in the new town (Lucien Hervé) ... excluding photographs of the building where cross Reconstruction Workshop Chevojon and some local photographers like Robert Lhommet or Gilbert Fernez. We must return to the status of art: it is not an artist that is needed in this place, it's a technician called by another technician ... Same choices are good and others not, same technicians are excellents and others not. At this time, in many areas, the technician cache "artist" rule while modesty and excellence! See https://mediatheque.developpement-durable.gouv.fr/

dimanche 11 novembre 2012

Marcel Gascoin // interview 1963

Marcel Gascoin en 1962, revue Arts Ménagers n°147, p.142

La Revue de l'ameublement publie dans les années 1960 une série d'interviews des grands décorateurs par Pascal Renous - une très importante ressource pour tous les biographes. On peut lire sur ce blog celle de Jacques Hitier (Jacques Hitier // interview 1964). Maintenant voici celle de Marcel Gascoin faite en 1963. Notons que le personnage est relativement invisible derrière son oeuvre, ses photographies publiées sont rares et ses propos se formulent comme des aphorismes - économie des mots bien dans le goût du milieu du 20ème siècle. Pierre Paulin le décrit comme un cauchois au regard malin, et l'un de ses anciens élèves le présente comme une personnalité simple : "Un petit monsieur, discret, poli, sérieux. Toujours bien mis" (témoignage). Gascoin, trop longtemps oublié, peut-être trop discret, comme ses meubles...

The Revue de l'ameublement publishes in the 1960s a series of interviews with leading designers - a resource for biographers. You can read in this blog Jacques Hitier interviews (Jacques Hitier / / interview 1964). Now here is one of Marcel Gascoin, in 1962. Note that his character is relatively invisible behind his work, portraits are rare and remarks published are formulated as aphorisms - much in the style of mid-century: an economy in words. Pierre Paulin described as a norman under evil, and one of his former students presents as a single character: "A little gentleman, discreet, polite, serious. Always well dressed". Gascoin, too long forgotten, perhaps too quiet, like his furniture ...

mercredi 7 novembre 2012

Emile Seigneur // chaise MPF

photographie via Branca.com

En ce moment même, en vente sur le site Art & Antiques d'Alessandra Branca, cette chaise attribuée à Marcel Gascoin ; une erreur d'identification pouvant très bien se comprendre car ce modèle est un "classique" des créateurs français pendant l'immédiate après-guerre : on y retrouve Marcel Gascoin, Jacques Hauville, Roger Landault et - dans ce cas précis -  Emile Seigneur. Un ancien élève de l'école Boulle qui se spécialise très tôt dans le meuble pour enfant avant de suivre les rails de Gascoin en éditant des équipements pour petits appartements aux "meubles des Provinces de France" (MPF). Il expose au Salon de l'enfance et aux Arts ménagers. Particulièrement célèbres, ses modèles pour enfants sont largement diffusés par l'enseigne "Berceau de France" (voir l'étude du stand aux Arts ménagers de 1949 sur vintage for kids)  - avec des lits gigognes, des meubles par éléments, une commode, une petite chaise... et aussi un berceau en rotin qui va retenir l'attention de Jean Royère -. Au milieu des années 1950, il se spécialise en faisant de son nom une marque : les "Bibliothèques Seigneur" intègrant tous les équipements annexes, y compris cette élégante chaise qu'il a créé en 1951 pour MPF.

At this moment, for sale on the site Alessandra Branca Art & Antiques, this chair attributed to Marcel Gascoin; misidentification may understand because this model is a "classic" French designed during immediate post-war: there are Marcel Gascoin, Jacques Hauville Roger Landault and - in this case - Emile Seigneur. Alumnus of the Boulle school which follows the Gascoin rails when he edits complete sets for "Meubles des Provinces of France" (MPF) between 1949 and 1951. He is particularly known for children models widely distributed by the firm "Berceau of France" (see vintage for kids) - including a rattan cradle will hold attention of Jean Royère - and specialize in children furniture and making a mark with his name in the mid-1950's: "Seigneur Bibliothèque" incorporating all equipment, including this elegant chair created in 1951.