vendredi 28 août 2015

1910 Deutsche Werkstätten // Salon d'automne

Richard Riemerschmid, fondateur du Werkbund, au Salon d'automne, Art et décoration 1910

Pour comprendre l'insertion du style Shaker (Shaker // guerre de religions) dans la modernité française, passons d'un siècle à l'autre, de la guerre des religions à celle des nations. En 1910, les ateliers munichois (Deutsche Werkstätten münchen) s'introduisent au Salon d'automne à l'invitation de Frantz Jourdain, touchent immédiatement le fils de l'initiateur, Francis Jourdain (Francis Jourdain // château Gourdon), avant de se répercuter sur Gabriel puis d'impacter Gascoin et tous les designers de meubles. Dans la revue Art et décoration, l'article de Maurice Pillard Verneuil n'est pourtant pas flatteur : " Une telle exposition peut-elle avoir une influence quelconque sur l'art décoratif français ? Je n'hésite pas à dire non, et non de façon absolue. Le Bavarois est certes plus proche de nous que le Prussien ; mais il demeure Germain cependant. Et jamais notre goût latin ne pourra recevoir une direction quelconque du goût germanique. [...] La lourdeur, la brutalité dans les contrastes, la richesse trop ostensible, la crudité des tons ne sauraient répondre à nos goûts, qui réclament la souplesse, la mesure, la grâce et l'harmonie. ". Il analyse les sources : " Je vois la trace d'influences directes et nombreuses : le style Biedermeier, le Second Empire, les styles anglais s'y retrouvent aisément. Et l'impression dominante est celle d'un Louis-Philippe alourdi, enrichi, germanisé. […] Pourquoi le Louis-Philippe ? S'il est une époque mesquine, lourde, sans grâce, c'est bien celle-là ! Époque de petit bourgeoisisme à idées étroites, sans aucun sens esthétique, et d'où l'art semble volontairement exclu. " Derrière l'accusation se trouve toujours l'imaginaire religieux car le bourgeois représente un goût protestant pour le confort matériel dans un classicisme boursouflé, c'est le Jugendstil en chêne et sans ornement de Richard Riemerschmid. Quant au Français, noble et catholique de la Contre-Réforme, il préfère son Art nouveau en acajou, ornementés barocco-maniéristo-rococo. Le conflit classique/baroque révélé par Anthony Blunt se prolonge. Mais il faut lire Deborah Silverman (biblio, 1994) pour comprendre qu'il s'agit d'une lutte de l'intérieur contre l'extérieur, de la féminité contre la virilité. C'est ainsi que l'individualisme libertin français et son raffinement introspectif, jusqu'ici méprisant vis-à-vis du goût bourgeois et de son intérêt paternaliste pour l'ouvrier, va muter : les plus sensés comprennent la vanité et l'égoïsme d'une culture pour-soi séparant l'art et l'utile. Il faut remettre l'art dans l'utile, remodeler le classique, réinventer la convention, ennoblir le bourgeois, sortir la créativité de son enfermement ornemental afin d'en faire un projet architectural. Mais il faudra attendre (Süe et Mare // Compagnie des Arts Français).

To understand the insertion of Shakers in the French modernity, moving from a century, from Wars of religions to wars of nations. In 1910, the Munich Arts and handcrafts workshops (Deutsche Werkstätten münchen) are introduced in Autumn Salon at the invitation of Frantz Jourdain immediately affect his son, Francis Jourdain, before Gabriel then pass on to impact Gascoin and all furniture designers. In the magazine Art et decoration, an article of Maurice Pillard Verneuil is not flattering: "Can Such exposure have any influence on French decorative art I do not hesitate to say no, and definitively not . The Bavarians absolutely is certainly closer to us than the Prussian, but he remains however Germain And never our Latin flavor will not receive any direction from the Germanic taste [...] The heaviness, brutality in contrasts.. , wealth too ostentatious crudeness tones can not meet our tastes, which demand flexibility, measurement, grace and harmony. ". It analyzes the sources: "I see the trace of direct and numerous influences: the Biedermeier style, the Second Empire, the British styles and find it easily the dominant impression is that of a Louis Philippe burdened enriched , germanized. [...] Louis Philippe: Why? If it is a mean time, heavy, graceless, it's this one! Time of bourgeoisism small narrow ideas, without any aesthetic sense, and where art seems deliberately excluded. "Behind the accusation is always religious because the filter says a Protestant bourgeois taste for material comfort in a bloated classicism, the Jugendstil oak unadorned of Richard Riemerschmid. As for the French, noble and Catholic, born in the Counter-Reformation, he prefers his Art Nouveau, rich in barocco-maniéristo-rococo ornaments. The classical / baroque conflict revealed by Sir Anthony Blunt continues. But we must also hear the interpretation of Deborah Silverman (in his excellent book Art Nouveau in France) to understand that this is also a struggle from inside against the outside , femininity against virility. French libertine individualism and introspective refinement, against contemptuous of bourgeois taste and its paternalistic interest for the working class will mutate: the most sensible include vanity and selfishness a culture between art and useful: you have to put art in the useful, reshape the classic, reinvented the convention, ennobling bourgeois and finally out the creativity of its ornamental confinement into a architecture.

mardi 25 août 2015

1820-1890 Shaker // guerres de religions

le livre édité cette année par Assouline

Frédéric, ami et animateur du site Renaissance du design (où il présente sa belle collection de meubles Reconstruction) vient de me signaler une exposition réalisée par François Laffanour (galerie Downtown) associé au spécialiste du marché de l'art Philippe Ségalot dans un stand du TEFAF. Le mobilier Shaker (1820-1890) s'est invité ici. Son lien avec le Mouvement moderne est évident et se retrouve dans le titre du catalogue, Shaker - function, purity, perfection, qui décrit les pièces majeures du Shaker Museum à Mount Lebanon (Pennsylvanie, à proximité des fameux dinosaures du Carnegie Museum). Le lien est connu et incontestable entre cette modernité ancestrale et certains espoirs artistiques ou politiques modernes mais il dépasse le « purisme », la relation « forme-fonction » et la « perfection » de quelques proportions rustico-classiques (qui correspondent aux attentes formelles des modernistes contemporains plutôt qu'aux idéaux fondateurs d'un William Morris). Il faut creuser nos imaginaires religieux pour savoir en quoi « ceci » nous semble suffisamment vrai pour que l'on puisse toujours croire en « cela »... Une analyse weberienne nous guide vers l'origine des modèles que partagent ces radicaux protestants avec leurs cousins états-uniens, britanniques, scandinaves, germaniques ou helvètes dans leurs obsessions de pureté et d'hygiène sur fond de prophétisme, de terre promise, de destinée manifeste. Une belle bande « d'agités » à la fois touchante et inquiétante qui révulsait les catholiques d'Europe du sud, en pleine phase bling-bling ! La bonne question consiste à se demander pourquoi cette modernité typiquement puritaine gagne du terrain à la fin du XIXème et contamine l'Occident et sa périphérie au siècle suivant, y compris des fiefs catholiques comme l'Italie ou la France. Sans doute, la vague migratoire de 1870, la Longue Dépression, la Première Guerre mondiale, le Krach de 1929, la Révolution nationale de Pétain, les bombardements et la reconstruction, sans parler de la crise écologique actuelle, imposent un esprit de repentance et de dépouillement. Prise de convulsions, provoquées par cette réalité fluctuante, la pensée française oscille entre abondance et pauvreté, allant de l'introversion bénédictine à l'errance franciscaine. La seconde tendance se fond bien dans l'idéal type shaker et sa production économique, utilitaire, traditionnelle (d'un purisme naturel et originel) mais il reste une contradiction à pointer, non-réglées par les vieux traités de paix, entre la joyeuse « transgression » hystérique des franciscains et la triste « performance » normative que s'imposaient au quotidien ces singuliers Shakers qui, loin d'être complètement secoués, tremblaient devant dieu (Libération, 20 août 1996).

Frederic, friend and webmaster of Renaissance du design (he presented his collection of furniture) just pointed me an exhibition by Francois Laffanour (gallery Downtown) associated with the art market specialist Philippe Ségalot in a stand of TEFAF. The Shaker furniture (1820-1890) was invited here. Its link with the Modern Movement is obvious and is reflected in the title of the catalog, Shaker - function, purity, perfection, which describes the major pieces of Shaker Museum in Mount Lebanon (Pennsylvania, close to the famous Carnegie Dinosaur Museum). The link is known and undisputed between this ancestral modern and some artistic or modern political hopes but it exceeds the "purism", the relation between form and function" and the "perfection" of a few rustic-classic proportions (which correspond to formal expectations neomodernist contemporaries rather than founding ideals of William Morris). You have to dig our religious imagination to know what "this" seems true enough that one can always believe in "that" ... An weberian analysis guiding us in direction of of these radicals models orignin. Protestants with their state-uniens cousins, British, Scandinavian, German or Helvetian in their purity and hygiene obsessions prophetic background, promised land of manifest destiny. A fine of "restless" Band both touching and disturbing that revolted Catholics in southern Europe in the throes bling-bling! The right question is: why this typical Puritan modernity is gaining ground in the late nineteenth century and contaminates all the West civilisation and periphery in the twentieth, including Catholic strongholds such as Italy or France? Without doubt, the migratory wave of 1870, the Long Depression, World War II, the Crash of 1929, the National Revolution of Petain, bombings and reconstruction, not to mention the current ecological crisis, require a spirit of repentance and recount. Convulsing caused by this changing reality, French thought oscillates between abundance and poverty, ranging from introversion to the Benedictine Franciscan wandering. The second trend blends in well with the ideal type shaker of economic production, utility, traditional (a natural and original purism) but there is a contradiction to point, not settled by the old treaties of peace between the joyful hysterical "transgression" Franciscan and sad normative "performance" than was needed every day these singular Shakers who, far from being completely shaken, trembling before God (Libération, 20 August 1996).