jeudi 27 avril 2017

SAM à Bordeaux // Société auxiliaire du meuble

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Après deux articles consacrés aux Galeries Barbès et à leur "moderne bombé" qui a envahi l'industrie du meuble jusqu'aux années 1950, voyons maintenant le moment où celles-ci épousent le "style reconstruction". Parmi elles, la S.A.M. fait son apparition très tardivement. Après ABCle Printemps ou Polymeubles en 1954, et surtout après Lévitan et de nombreux grands magasins en 1955, c'est au tour de cette entreprise bordelaise - la S.A.M. (Société auxiliaire du meuble) - de rajeunir sa ligne en s'inspirant des Gascoin, Hauville, Perreau et autres précurseurs... Située en bout de chaîne, la S.A.M. semble vouloir tenir tête à sa catégorie afin de se faire une petite place. Toutefois, son arrivée tardive sur ce marché de gamme moyenne reste un handicap qui ne lui permet pas de s'imposer auprès des grands créateurs de séries. D'autant plus que les nouveaux entrants préfèrent un modernisme plus assumé, avec du métal, du stratifié, sans se limiter au seul bois. Ainsi, la S.A.M. figure dans les revues pour industriels de l'ameublement et ses produits semblent très bien diffusés, mais cette marque ne pénètre pas les magazines de décoration ni les emplacements prestigieux des salons d'exposition. Son histoire aurait été difficile à écrire sans un précieux témoignage publié dans le journal Sud-Ouest, le 6 novembre 2012. Véronique Perot, descendante du fondateur des miroirs et glaces Marly à Bordeaux, y signale qu' "en 1939, Gabriel Marly prend en charge la Société auxiliaire du meuble qui, sur d’importants terrains de cinq hectares et demi, entre la rue Tauzin et la rue Gallieni, fabrique des meubles de luxe, contreplaqués, portes et panneaux…" À cette date, l'entreprise porte toujours le nom de son fondateur, les "établissements André Harribey" puis la SARL est renommée "Auxiliaire du meuble", probablement au moment de l'épuration. Les deux noms figurent encore dans un dépôt de brevet daté de 1949 pour un "contreplaqué-latté allégé" (FR986286). Cette innovation technique est très intéressante, malgré cela la S.A.M. ne se convertit pas au style contemporain ni à la diffusion de masse ; celle-ci débute dix ans plus tard, révélée par une montée en puissance des publicités publiées au tout début des années 1960. Le contexte économique est certainement bien meilleur mais l'ambiance créative s'avère moins favorable. Dans cette décennie de la technicité, les innovations se sont stabilisées dans les bois et contreplaqués car les grands créateurs et leurs éditeurs s'orientent préférentiellement vers les matériaux synthétiques et des combinaisons complexes avec du métal. Les dessinateurs de S.A.M. se trouvent ainsi contraints d'assembler des formes ayant dix ou vingt ans d'âge. Leurs meubles présentent les caractéristiques d'un rationalisme dépassé, exagéré à outrance afin d'adhérer à un style reconnaissable par tous. Avec les pieds compas, les joues pendantes et divers débordements géométriques, le baroquisme moderne s'affirme en assumant des ligne et des proportions dont l'amplification finit par provoquer un déséquilibre qui échappe à la vieille logique rationnelle... D'autre part, les panneaux allégés, l'épaisseur des lattes et des placages, les sections des ossatures atteignent ici un minimum critique qui peut faire douter les clients quant à la qualité du produit. Techniquement, cette réduction est rendue possible grâce au verni polyester qui non seulement évite les taches sur les plateaux, mais surtout rigidifie les parois et limite les décollements de placages. Se voulant rassurante, la devise de SAM change en 1963, ce ne sont plus "des meubles de votre époque à vos mesures" mais "des meubles qui durent"... Est-ce suffisant ? Peut-être pas, car le nombre de publicité décroit et l'histoire ne conserve par la suite que deux épisodes dramatiques : le 2 août 1969, quand les locaux du cours Gallieni brûlent pour la troisième année de suite et provoquent plusieurs millions de dégâts (Sud-Ouest, 2 août 1969, p.1) ; en 1982, quand l'entreprise est revendue suite au décès de Gabriel Marly et de son fils John... Aujourd'hui, pour se souvenir, ils nous restent quelques images d'ensembles que l'on peut découvrir au milieu des publicités imprimées entre 1959 et 1962...