lundi 30 janvier 2017

Meubles David // Polymeubles


Camille et Pierre David ne débutent pas avec le Meublit (Camille et Pierre David // Meublit). Leur aventure commence bien plus tôt, du côté d'Orléans : c'est une belle et longue histoire que Pascal David nous invite à découvrir dans une biographie qu'il a entièrement rédigée. Son texte est reproduit ci-après. Les historiens y trouveront matière à satisfaction car on y décèle les obsessions des pionniers modernes " non-radicaux ", ceux qui ont mené la lutte avant que les grandes industries internationales ne prennent toute la place. Avant de lire ce passionnant récit, il faut une petite entrée en matière permettant d'éclairer le contexte et d'encourager certains à venir explorer les archives. On découvre ici la volonté commune qui animait de célèbres contemporains, René Gabriel, Marcel Gascoin ou Jacques Hitier, même si les frères David ne bénéficient pas du même soutien. Entrepreneurs autodidactes, leurs créations apparaissent plus discrètes, mais elles n'ont pas moins d'intérêt ; au contraire, leurs meubles démontrent la généralisation, à cette époque, d'un esprit d'entreprise associé à un élan créatif moderne et à une qualité encore artisanale. Bien qu'ils se placent hors du podium officiel, inscrits au premier étage du Grand Palais pendant le salon des Arts ménagers (Palmarès // Salon des arts ménagers), les " Meubles David " doivent être redécouverts, aux côtés d'autres " industriels " remarquables comme Pierre Roche (Atelier Saint-Sabin // ancien et moderne), Pierre Cruège (Tables Partroy // Pierre Cruège), Emile Seigneur (Emile Seigneur // Berceau de France), Louis Paolozzi  (Paolozzi et Guermonprez // reconstruction lyrique) et quelques noms toujours dans l'obscurité ! Sans oublier que leur situation reflète celle d'un grand nombre de ces créateurs qui vont renouveler la conception du mobilier après-guerre (Art utile // style reconstruction).

lundi 16 janvier 2017

Camille et Pierre David // Meublit n°100

Premier modèle de Meublit conforme au brevet (espacenet), 1949, fonds David

Merci à Pascal David pour les informations sympathiquement communiquées qui permettent de relancer ce blog. Quoi de plus "utile", en effet, que le Meublit créé par son père et son oncle, Pierre et Camille David. La série des meubles lits "n°100" devient vite célèbre et résume à elle seule l'idée d'économie d'espace qui domine l'après-guerre et signale la fin du Cosy-corner. Ce n'est plus un coin de chambre qui s'impose dans l'espace du "studio", mais un lit caché, totalement transformable en meuble d'appui et pouvant servir de secrétaire. Cette radicalisation du minimalisme signifie la fin d'une idée fausse consistant à croire qu'une famille moyenne pouvait recevoir tout en montrant son lit... C'est peut-être le frottement à cette réalité sociale qui va guider le Meublit vers le succès. Mais les principes ne font pas tout. Il faut dire que le Meublit représente aussi une réelle économie de place - très pratique pour une "chambre de jeune"... En 1949, les créateurs de la reconstruction posent donc des brevets pour des lits escamotables. Le 24 juin, c'est Marcel Gascoin (Marcel Gascoin // brevets déposés) qui s'y colle et vante ainsi son modèle : "La présente invention se distingue des lits escamotables connus par un grand nombre d'avantages. La particularité la plus frappante du lit réside dans le fait qu'il est complètement indépendant quand on s'en sert, du coffre dans lequel on l'escamote." Mais de quels autres lits parle-t'il ? Tout simplement de notre Meublit, dont le modèle a été déposé seulement trois semaines plus tôt, le 1er juin 1949, par les frères David. Ils entrent alors dans l'industrie du meuble. Inventeurs d'un cuir métallisé pour maroquinerie en 1932, ils s'imposent dans le paysage de la reconstruction après-guerre, avant de créer deux autres marques : Polymeubles et Polysièges (Meubles David // Polymeubles). Fouillant les documents conservés par la famille, Pascal David nous apprend qu'il en a été produit 10.000 exemplaires - ce qui n'est pas rien au début des années 1950 - et nous offre quelques photographies et brochures, dont une de 1955 où l'on découvre les tarifs : 1.000 francs pour le lit n°100, soit environ 2.000 euros actuels... Des perfectionnements sont apportés en 1951 avec une version verticale et une autre où le lit est équipé de roulettes pour, en position ouverte, se désolidariser du meuble qui le dissimule en position fermée. Il sera proposé en de nombreuses versions, une ou deux places, avec ou sans tablette, avec une, deux ou trois niches. Réputée pour sa qualité, la société Epéda met au point un matelas spécial pour le Meublit. À la fin des années 1950, il trouve des marchés en Afrique du nord, particulièrement en Algérie. La RTF puis l’ORTF en feront aussi régulièrement l’acquisition pour équiper les relais hertziens, souvent implantés sur des hauteurs isolées...